« 12 juin 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 205-206], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9059, page consultée le 24 janvier 2026.
12 juin [1840], vendredi après-midi, 2 h. ½
Vous voilà parti, mon pauvre bien-aimé, Dieu sait quand je vous reverrai avec
les affaires, les visites, la campagne1 et
la 1re communion2 qu’il y a dans l’air.
Je ne suis pas contente, je flaire une absence et je souffre terriblement des
reins. Je viens cependant d’acheter trois petites tanches pour vous ce soir
mais j’avoue que je compte peu sur vous pour les manger. Je serai surprise bien
agréablement si vous venez dîner aujourd’hui. Je vous aime Toto, mon petit
Toto, je vous adore. Vous m’avez fait une belle peur tantôt ! Voime, voime, c’est très spirituel ça et
puis votre séance hier au foyer de la Comédie sont
deux choses qui m’ont été infiniment agréables et que je voudrais ne plus
revoir jamais. Je n’en dis pas autant des chemins de fer, des jardins de
Versailles, de la négresse et de ses créoles, non plus que de vous et de votre
ébouriffante conversation, je donnerais 10 ans de ma
vie, si je les ai, pour une journée pareille à celle de lundi dernier. Je
voudrais aussi assister à la première communion de mon cher petit Toto. Il me
semble que ça me porterait bonheur et à lui aussi quoiqu’il n’ait pas besoin de
mes prières pour être le plus charmant et le plus heureux des enfantsa. Mais ce qui abonde ne vicie
pas surtout en bonheur et en affection. Je voudrais mon Toto être bien sûre que
tu viendras ce soir et je sens que mon mal de reins diminuerait de moitié et
qu’au lieu d’être la plus maussade et la plus triste des femmes j’en serais la
plus joyeuse et la plus heureuse. Malheureusement je me suis fourré dans
l’esprit que tu allais à Saint-Prix aujourd’hui et jusqu’à ce que je te revoie
je resterai dans mon idée fixe et dans mon humeur noire. Baise-moi mon Toto.
Sois-moi bien fidèle mon amour et reviens bien vite.
Quelleb chaleur étouffante et qu’il
ferait bon de se déshabiller à l’ombre comme nous faisions autrefois dans les
bois des Roches3. Hélas où est ce temps-là ? Je t’aime toujours autant
et peut-être plus si c’est possible.
Juliette
1 La famille Hugo s’est installée au château de la Terrasse à Saint-Prix pour l’été.
2 Il s’agit de la première communion de Victor, le fils cadet.
3 Lors des étés 1834 et 1835, Hugo avait installé Juliette et sa fille non loin de la propriété des Bertin aux Roches, près de Bièvres, où il séjournait en famille. Les amants se retrouvaient dans les bois environnants.
a « enfans ».
b « Quel ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
